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Forum sur les problèmes communautaires en Belgique - Posté : Léopold III


  Léopold III  



 
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Auteur Message
Serge
Gourou
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Inscrit le: 28 Avr 2008
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MessagePosté le: 03/08/2009 19:28    Sujet du message: Léopold III Répondre en citant

Je n'ai pas beaucoup d'admiration pour le souverain qu'était Léopold III. Autoritaire, orgueilleux, ..., les qualificatifs les plus divers furent employés...

Toutefois, quand on lit ses Mémoires posthumes ("Pour l'Histoire", éd. Racine, 2001), on se rend compte qu'humainement, il valait mieux que ses ministres...

Voici un exemple de la bassesse du monde politique belge à l'issue de la seconde guerre mondiale. La scène se passe au château de Sankt-Wolfgang, en Autriche, en 1945, à l'issue de la captivité de la famille royale. Les éternels débats entre le roi et le gouvernement belge portent alors sur ce que Léopold III appelle la "reprise de ses prérogatives constitutionnelles".

Voici donc :


"C'est dans cet esprit que Van Acker (na : alors Premier ministre) me rendit visite en juillet (1945). Il me confirma qu'il possédait des documents gravement compromettants (concernant l'attitude du roi pendant la seconde guerre mondiale). Ou bien j'abdiquais et ces documents, qu'il était seul à connaître, ne seraient jamais divulgués, ou bien je refusais d'abdiquer et il les livrerait lui-même au Parlement, lors d'un débat public qu'il prendrait l'initiative de susciter.
"Avec un manque de psychologie qui m'étonne encore à ce jour, il me dit, en me montrant du doigt une volumineuse serviette : "Je possède ici tous les documents qui vous concernent, y compris ceux provenant des archives allemandes. Si vous abdiquez, ils partiront tous en fumée: je les brûlerai devant vous".
"Ma réponse fut : "Ceci est un langage que je n'admettrai jamais ! Je ne rentrerai pas en Belgique, mais je ne renoncerai pas à mes prérogatives constitutionnelles, aussi longtemps que le peuple belge ne se sera pas prononcé. Quant à vos papiers, faites-en ce que vous voudrez !"
"Devant cette situation, je décidai de réunir, le 13 juillet 1945, dans la soirée, un conseil de famille auquel assisteraient la reine Elisabeth et le Régent. Les décisions suivantes furent prises: je ne pouvais abdiquer ni rentrer au pays dans les circonstances actuelles. Il ne me restait, dès lors, qu'à attendre le verdict de la Nation qui se prononcerait par le voie d'une consultation populaire.
Cette décision irrévocable fut, le 14 juillet, à 3 heures de l'après-midi, portée à la connaissance de Van Acker et de Spaak qui, furieux de n'avoir pu m'arracher mon abdication, quittèrent immédiatement Sankt-Wolfgang et rentrèrent à Bruxelles pour convoquer les Chambres et y provoquer un débat public où je fus à nouveau traité de la manière la plus odieuse.
"De mon côté, j'adressai le 30 septembre 1945 un message au peuple belge, et quittai l'Autriche le 1er octobre 1945 pour aller m'installer avec ma famille à Genève.
"C'est lors de cette dernière visite à Sankt-Wolfgang que mon frère et Van Acker suggérèrent tous deux à la princesse Lilian (na : 2ème épouse de Léopold III), moyennant une somme importante, de rentrer en Belgique avec Baudouin, d'y dmeurer jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité, Charles continuant à exercer la régence, et de m'abandonner à mon sort.
"Cette offre fut évidemment rejetée avec mépris et indignation"
(pp. 120-121).

On croit rêver !

Mais à la vérité, pas tellement. Des gens comme Leterme, Van Rompuy, Michel Père et Fils, Di Rupo, etc., seraient aujourd'hui capables des mêmes bassesses, des mêmes mesquineries, des mêmes hypocrisies, du même chantage pour sauver le "brolgium" et ses prébendes ...

Au fond, les séparatistes avaint un allié objectif dans ce roi opiniâtre. Et il s'en est fallu de peu, en 1950, que le royaume vole en éclat. C'est même un miracle, avec son fichu caractère, que Léopold III ait finalement accepté d'abdiquer...
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Serge
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MessagePosté le: 04/08/2009 10:59    Sujet du message: Répondre en citant

On encense beaucoup, en ce moment, Paul-Henri Spaak, dont on fête le 37ème anniversaire de la disparition. Un "grand personnage" de l'Histoire de Belgique, certes, notamment pour le rôle qu'il joua dans la construction européenne.

Mais sait-on que, dans les années trente, il joua aussi un rôle important, en tant que ministre des affaires étrangères, dans la dénonciation des Accords de Locarno (plus précisément des "clauses de garantie" qui imposaient à la Belgique une assistance militaire à ses Alliés) ? Il avait l'oreille de tout le gouvernement (notamment de son collège, Henri de Man, sympathisant pro-allemand affiché) et du souverain sur ces questions internatioales et de défense mimlitaire. Après-guerre, il refusa d'assumer la moindre part de responsabilité dans les événements de l'immédiat avant-guerre et chargea au maximum Léopold III. Comme "retourne-veste", on ne fait pas mieux ...

Je m'étais procuré, en 2001, les Mémoires posthumes de Léopold III ("Pour l'Histoire", éd. Racine). J'étais surtout intrigué par ce livre en raison de l'attitude virulente d'Antoinette Spaak qui dénonçait un "autosatisfecit" de Léopold III et un ouvrage très peu respectueux de la vérité historique.

Que Léopold III ait cherché à enjoliver son rôle, c'est probable, mais j'ai quand même été impressionné par les passages suivants, qui me paraissent tout à fait crédibles, à propos de la violation des accords de Locarno par l'Allemagne et de l'attitude de Paul-Henri Spaak, avant et après guerre :

PP. 19-21 :

"Les Alliés ne portaient-ils pas une lourde responsabilité dans l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir et dans l'échec retentissant du fameux pacte de Locarno qui faisait de notre pays un garant des frontières de ses puissants voisins ?
"En réoccupant la rive gauche du Rhin, le 7 mars 1936, l'Allemagne violait le traité de Locarno et l'inertie de ses autres grands signataires le rendait caduc.
"Mon discours du 14 octobre 1936 était un suprême effort pour convaincre mes ministres de l'occasion qui se présentait de nous dégager des obligations internationales que ce traité nous imposait et qui risquaient de nous entraîner bien au-delà de nos intérêts propres.

"C'est au terme de mon exposé d'octobre 1936 qu'Emile Vandervelde, chef du parti ouvrier belge et président de la Deuxième Internationale, prit la parole pour me dire d'une voix haute et intelligible : "Sire, on, croirait entendre votre père. Votre discours ne peut rester entre ces quatre murs. Il doit être connu du pays tout entier".
"L'allocution fut rendue publique sur-le-champ. la toute grande majorité du pays et du Parlement accueillit avec soulagement ce changement important de notre politique étrangère qui devenait, pour employer les termes mêmes de Paul-Henri Spaak, "une politique exclusivement et intégralement belge".
(..)
"Pour montrer à quel point les idées de Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères, et les miennes étaient semblables, je citerai quelques phrases de son discours à la Chambre le 19 décembre 1939 : "Qu'il me soit permis de dire qu'en cette circonstance, il ne me suffit pas de couvrir constitutionnellement le Roi, il faut que je le remercie publiquement de l'effort magnifique qu'il fait depuis plusieurs années pour épargner à notre pays les horreurs de la guerre, des sages conseils qu'il n'a cessé de prodiguer aux divers gouvernements qui se sont succédé, de la fermeté d'âme avec laquelle il remplit sa tâche si lourde, de l'exemple qu'il n'a cessé de donner à tous ceux qui l'approchent, exemple qui force le respect, l'admiration et l'affection. Seuls ceux qui ne veulent comprendre ont pu hésiter sur le sens de l'appel du Souverain et lui attribuer des motifs ou des buts mystérieux".


Si Léopold III insiste à ce point sur l'attitude de Paul-Henri Spaak, c'est qu'a posteriori il ne supporte pas l'attitude hypocrite de "donneur de leçon", adoptée après la guerre, au moment de la "Question Royale", par son ancien ministre des Affaires étrangères (et éphémère premier ministre en 1938-1939). Autant il peut supporter la discussion avec Achille Van Acker (dont on a vu plus haut qu'elle pouvait pourtant être âpre), autant il lui est insupportable d'encore rencontrer sur son chermin ce "retourne-veste" de Paul-Henri Spaak.Ainsi, Léopold III écrit, à propos d'une entrevue à Berne, en 1949 (p. 131-132) :

"L'entrevue fut fixée au 25 avril 1949, à la légation de Belgique à Berne. Je comptais parler d'abord à mon frère seul à seul, en vue d'arriver à un accord avec lui. Nous aurions alors continué cette conversation, si nécessaire, en présence des ministres. Puisqu'il avait jugé bon de s'entourer d'eux, il aurait pu m'aider à les convaincre de mettre fin à la situation illogique et insconstitutionnelle dans laquelle se trouvait le pays.
"Dès mon arrivée à la légation, je fus conduit dans un salon où m'attendaient le Régent, Paul-Henri Spaak, Premier ministre, et Henri Moreau de Melen, ministre de la Justice, alors que je pensais trouver mon frère seul.
"Je ne l'avais plus revu depuis Sankt-Wolfgang, en 1945.
"Au lieu de l'entretien fraternel que, contre toutes espérance, je voulais avoir avec lui, je me heurtai, une fois de plus, à une coalition politique. Le Régent ne s'avança même pas vers moi pour m'accueillir comme un frère. Devant la froideur de cette réception, je dus me contenter de leur dire : "Bonjour Messieurs" et de leur serrer la main. Les choses commençaient bien mal.
"Au cours de la conversation de la matinée, Spaak eut une attitude hostile, agressive et presque grossière. Il essaya de m'entraîner à nouveau dans une discussion au sujet des événements de 1940. Je m'y suis évidemment refusé. J'ai voulu rester sur le terrain qui était prévu pour cet entretien : la situation qui perdurait en Belgique était, à mon avis, absolument inconstitutionnelle et je voulais que le gouvernement y mît fin. Le Premier ministre se refusa à prendre position sur cette question, arguant qu'elle relevait du Conseil des ministres.
"Pour donner un exemple de l'extrême âpreté de cette conversation, je citerai le fait suivant : à un certain moment, je fus amené à me plaindre auprès de Spaak de l'attitude de la presse, et en particulier du Peuple à mon égard. Il me répondit textuellement: "Commencez par faire taire vos amis politiques !". Je me mis en colère, frappai du poing sur la table et lui rétorquai: "Monsieur Spaak, je n'ai pas d'amis politiques ! Je suis au-dessus des partis ! Je vous interdis de me parler ainsi".


Je n'ai pas d'admiration particulière - c'est un euphémisme - pour Léopold III. Mais la relation de ces événements, avant et après guerre, qui me paraissent en l'occurrence tout à fait crédibles, crée plus qu'un malaise. Paul-Henri Spaak fait d'abord allusion, dans son discours de 1939, à l'obligation pour le gouvernement de couvrir constitutionnellement le roi. Puis, la guerre éclate, il suit le gouvernement en exil. Très bien; nul ne lui contestera ses qualités d'authentique résistant. Il revient à Bruxelles, avec l'ensemble du gouvernement, et là, plus question de couvrir constitutionnellement le roi pour ses erreurs. Comme Pierlot, il s'agit avant tout de redevenir ministre, de poursuivre sa carrière politique et au besoin, de ne plus soutenir ce qu'on soutenait hier encore et d'en faire peser l'exclusive responsabilité sur un souverain pourtant constitutionnellement irresponsable ... Voilà, dans la durée, le "courage" et la véritable personnalité de Monsieur Spaak, un parapluie constamment ouvert nonobstant des qualités bien réelles, notamment en matière de construction européenne...
En France, des gens comme Daladier ou même Paul Reynaud ont admis implicitement leurs erreurs politiques, et n'ont plus exercé aucune responsabilité importante (De Gaulle ne l'aurait d'ailleurs pas toléré) ...
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